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mobbing, harcèlement, manipulation

mobbing, harcèlement, manipulation

L’odieux de la mauvaise foi, c’est qu’elle finit par donner mauvaise conscience à la bonne foi

Jean Rostand

 

Le mobbing

 

Il n’est pas facile de donner une définition simple du phénomène complexe qu’est le mobbing. Celle élaborée par Gabriella Wennubst me semble particulièrement claire et pertinente : « par mobbing, on entend une répétition d’actes hostiles (harcèlement) par un ou des auteurs tendant à isoler, marginaliser, éloigner ou exclure la victime d’un cercle de relations données, voire à la neutraliser »1.

Dans son excellent ouvrage, cet auteur explique que cette stratégie se caractérise par l’adoption par le ou les « mobbeurs »(s) d’une communication non éthique et d’un report de responsabilité sur la victime.  (…)1

Comme elle le rappelle à juste titre,  la communication est le fondement de toute relation humaine et donc le moyen par excellence d’intégration sociale. Le mobbing, en raison de l’emploi par le « mobbeur » d’une forme de communication non éthique », imposée unilatérale et abusivement à l’autre, qui dénature ou empêche la relation communicative dans le but de léser (en minorisant, déstabilisant, isolant, excluant) la cible touche ainsi directement aux capacités d’intégration d’un individu dans une communauté donnée. 2

Il me semble important de souligner aussi qu’(…) il s’agit d’un phénomène (…) qui intéresse tous les aspects de la vie, des activités professionnelles aux engagements politiques, de la vie de famille aux rapports de voisinage, (…) 3 et que personne n’est à l’abri.4

Les conséquences peuvent être très lourdes pour le mobbé. En effet, cette stratégie porte atteinte, parfois, très gravement, à (…) des valeurs essentielles physiques affectives et sociales liées à la personne humaine comme la vie, la santé, l’honneur.5

De plus, le stress ainsi créée et les pathologies qui s’en suivent peuvent instaurer un cercle vicieux : le « mobbeur » joue avec cette pathologie pour confirmer le bien-fondé de ses agissements en attribuant la situation à la pathologie et donc la responsabilité à la victime. 6

1 Gabriella Wennubst, Mobbing. Le harcèlement en entreprise : victoire ou défaite de l’employeur ? Ed. Eyrolles, Paris, 2011, Introduction; 2 Wennubst G. 2011, p. 7; 3 Wennubst G. 2011, p. 2; 4 Wennubst G. 2011, Introduction; 5 Wennubst G. 2011, p. 38; 6 Wennubst G. 2011, p. 48-49

(extraits cités avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Le harcèlement moral

J’ai choisi d’éclairer ce sujet en citant des extraits du le livre « Le harcèlement moral », de Marie-France Hirigoyen, un ouvrage qui est considéré comme une référence dans ce domaine :

Un individu peut réussir à en démolir un autre par un processus de harcèlement moral, 1 (…) Pourtant, notre société se montre aveugle devant cette forme de violence indirecte. Par des paroles apparemment anodines, par des allusions, des suggestions ou des non-dits, il est effectivement possible de déstabiliser quelqu’un, ou même de le détruire, sans que l’entourage intervienne2

Le contexte socio-culturel actuel permet à la perversion de se développer pare qu’elle y est tolérée3

La perversité (..) provient d’une froide incapacité à considérer les autres comme des êtres humains. 4

La relation de harcèlement se met en place en deux phases, l’une de séduction perverse, l’autre de violence manifeste. 5 Il s’agit d’abord de séduire la victime, puis de l’influencer pour, enfin, la mettre sous emprise, lui retirant en cela toute parcelle de liberté. (…) La séduction perverse se fait en utilisant les instincts protecteurs de l’autre. Cette séduction est narcissique : il s’agit de chercher dans l’autre l’unique objet de sa fascination, à savoir l’image aimable de soi.  5

L’emprise, c’est la domination intellectuelle ou morale dans une relation de domination. Le pouvoir entraine l’autre à suivre par la dépendance. (…) l’emprise, n’existe que dans le champ relationnel : c’est la domination intellectuelle ou morale,. La victime est prise dans une toile d’araignée, tenue à disposition, ligotée psychologiquement, anesthésiée. Elle n’a pas conscience qu’il y a eu effraction.  6

Dans la stratégie perverse, il ne faut pas d’abord détruire l’autre, mails le soumettre petit à petit et le garder à disposition. Il importe de conserver le pouvoir et de contrôler. Si celui-ci est trop docile, le jeu n’est pas excitant. Il faut qu’il y ait suffisamment de résistance pour que le pervers ait envie de poursuivre la relation, mais pas trop pour qu’il ne se sente pas menacé. C’est lui qui doit mener le jeu. L’autre n’est qu’un objet qui doit rester à sa place d’objet, un objet utilisable et non un objet interactif7

La mise en place de l’emprise utilise des procédés qui donnent l’illusion de la communication – une communication particulière, non pas faite pour relier, mais pour éloigner et empêcher l’échange. Cette distorsion dans la communication a pour but d’utiliser l’autre (…).

Même non verbale, même cachée, étouffée, la violence transpire à travers les non-dits, les sous-entendus, les réticences et, par là même, elle est vecteur d’angoisse. (…) Il n’y a jamais de communication directe car « on ne communique pas avec les choses ».

Quand une question directe est posée, les pervers éludent. Comme ils ne parlent pas, on leur prête grandeur ou sagesse. On entre dans un monde dans lequel il y a peu de communication verbale, juste des remarques à petites touches déstabilisantes. Rien n’est nommé, tout est sous-entendu. Il suffit d’un haussement d’épaules, d’un soupir. La victime essaie de comprendre : « Qu’est-ce que je lui ai fait ? Qu’est-ce qu’il a à me reprocher ? » Comme rien n’est dit, tout peut être reproché. Le déni du reproche ou du conflit par l’agresseur paralyse la victime qui ne peut se défendre. L’agression est perpétrée par le refus de nommer ce qui se passe, de discuter, de trouver ensemble des solutions. S’il s’agissait d’un conflit ouvert, la discussion serait possible et une solution pourrait être trouvée. Mais dans le registre de la communication perverse, il faut avant tout empêcher l’autre de penser, de comprendre, de réagir, Le droit d’être entendu est refusé à la victime. Sa version des faits n’intéresse pas le pervers, qui refuse de l’écouter.

Le refus de dialogue est une façon de dire, sans l’exprimer directement avec de mots, que l’autre ne vous intéresse pas ou même qu’il n’existe pas. Avec n’importe quel interlocuteur, si on ne comprend pas, on peut poser des questions. Avec les pervers, le discours est tortueux, sans explication et conduit à une aliénation mutuelle. (…). Quand il y a une réponse, elle est toujours à côté, indifférente. 8  Quelque chose est dit à niveau verbal et le contraire est exprimé au niveau non verbal. (…) C’est un moyen très efficace pour déstabiliser l’autre9

À la différence d’un conflit normal, il n’y a pas de vrai combat avec un pervers narcissique, pas non plus de réconciliation possible. Il n’élève jamais le ton, manifeste seulement une hostilité froide, qu’il nie si on lui en fait la remarque. L’autre s’énerve ou crie. Il est alors facile de se moquer de sa colère et de le tourner en ridicule9

Un cercle vicieux se met alors en place, semblable au celui dont j’ai parlé dans le cas du mobbing. Il est donc important de s’en sortir.

Or, pour affronter cela, les victimes se sentent seules.

Comment en parler à l’extérieur ? (…). Comment décrire un regard chargé de haine, une violence qui n’apparaît que dans des sous-entendus ou des non-dits ? (…) Généralement, l’entourage, me proche, se tient à distance : « On ne veut pas être mêlé à ça !  11

Pour finir, afin d’éviter toute confusion, il me semble important de souligner qu’ « Un processus pervers peut être utilisé ponctuellement par chacun de nous. Cela ne devient destructeur que par la fréquence et la répétition dans le temps. (…) Un individu pervers est constamment pervers ; il est fixé dans ce mode de relation à l’autre et ne se remet en question à aucun moment. (…) Ces individus ne peuvent exister qu’en « cassant » quelqu’un : il leur faut rabaisser les autres pour acquérir une bonne estime de soi, et par là même acquérir le pouvoir, car ils sont avides d’admiration et d’approbation. Ils n’ont ni compassion ni respect pour les autres (…). 12 

1 Hirigoyen, M.-F Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, La Découverte et Syros, 1998, page 7; 2 Hirigoyen page 9; 3 Hirigoyen page 11; 4 Hirigoyen page 12; 5 Hirigoyen page 111-112; 6  Hirigoyen page 113; 7  Hirigoyen page 114; 8  Hirigoyen page 119; 9  Hirigoyen page 129; 10  Hirigoyen page 131; 11  Hirigoyen page190; 12  Hirigoyen page 10

 

Voici un article très intéressant du Nouvel Observateur, avec 20 pistes pour reconnaître ce que certains auteurs nomment les « Pervers narcissiques »,

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20120315.OBS3872/pervers-narcissiques-20-pistes-pour-les-reconnaitre.html

 

pour finir, quelques mots sur la

La manipulation

Le manipulateur joue avec nos peurs (p. ex. celle d’être rejeté, ignoré, abandonné, etc.), reliées à des besoins existentiels, essentiels pour une vie épanouie pour obtenir de nous ce qu’il n’obtiendrai tpas s’il s’exprimait « cartes sur tables », c’est-à-dire en communicant ouvertement, sous forme d’une demande directe.

Sortir de ces engrenages n’est pas toujours facile. Une aide professionnelle peut être utile. L’approche centrée sur les solutions est une méthode pragmatique et efficace dans ces cas aussi.